Guides · Dépenses partagées
Partager les factures entre colocataires, sans que personne compte les points.
Presque personne ne se brouille pour une question de calcul. On se brouille à cause des six semaines qui séparent l’achat du virement, quand l’un se souvient d’un montant et l’autre, d’un autre.
D’abord
Trois façons de partager, et quand chacune est vraiment équitable.
Choisissez-en une délibérément, annoncez-la clairement une fois, puis n’y revenez plus. La plupart des frictions dans un ménage viennent de deux personnes qui, sans le dire, appliquent des méthodes différentes.
À parts égales
Chacun paie la même part. C’est la méthode la plus simple à suivre et celle qui inspire le plus de confiance; pour le loyer, Internet et tout ce que personne ne peut utiliser plus que les autres, c’est tout simplement la bonne. Elle cesse d’être équitable dès qu’une personne s’absente la moitié du mois ou qu’une seule possède la voiture.
Selon l’usage de chacun
L’épicerie, quand l’un mange à la maison et l’autre pas. Une voiture qu’une seule personne conduit. C’est la méthode la plus équitable et la plus lourde à appliquer, parce que quelqu’un doit tenir le registre. Elle ne tient que si noter une dépense prend quelques secondes; s’il faut un tableur, elle sera abandonnée au bout d’un mois.
Au prorata des revenus
Courante en couple, rare entre colocataires, cette méthode mérite d’être proposée ouvertement plutôt que de s’installer par hasard. Si l’un gagne deux fois plus et paie discrètement davantage, c’est déjà cette méthode qui s’applique — et elle fonctionne bien mieux quand elle a été convenue que lorsqu’on la subit.
D’où viennent les disputes
On se dispute sur le règlement des comptes, pas sur le partage.
Une facture commune comporte deux volets distincts, que l’on confond. Le premier, c’est la part de chacun : un simple calcul, réglé en quelques secondes. Le second, c’est qui a payé qui, et combien il reste à verser — et ce volet-là s’étire sur des semaines, dans une dizaine de commerces, dans la mémoire de deux personnes.
Presque toutes les disputes d’argent dans un ménage portent sur ce second volet. L’un est certain d’avoir envoyé quarante dollars le mois dernier. L’autre est certain que ces quarante dollars étaient pour autre chose. Personne ne ment; il n’y a simplement jamais eu de trace écrite, et le souvenir d’un montant n’en est pas une.
Une règle qui évite la plupart des disputes
Une personne paie. Tout le monde note. On règle rarement.
N’essayez pas de partager à la caisse. Diviser un paiement par carte en quatre au magasin, c’est lent, cela bloque la file et cela produit quatre reçus que personne ne garde. Laissez plutôt une seule personne payer le tout, et notez le partage sur-le-champ.
Ensuite, laissez courir le solde. Résistez à l’envie d’envoyer quatre dollars chaque fois. Un solde courant réglé une fois par mois, c’est moins de virements, moins de frais et, surtout, un seul montant sur lequel s’entendre au lieu de trente.
Deux conditions font fonctionner cette règle; sans elles, elle s’effondre :
- On note le jour même. Pas en fin de semaine. Un reçu photographié dans le stationnement est un fait; un reçu reconstitué de mémoire le dimanche est une estimation.
- Tout le monde voit le solde. Si une seule personne peut le voir, ce n’est pas un registre commun, c’est la version d’une seule personne — et c’est justement ce dont l’autre doute.
Le cas délicat
Quand le panier commun ne l’était pas entièrement.
Un panier, un reçu, et trois des quarante articles appartiennent à une seule personne. C’est là que les ménages abandonnent : retirer trois articles d’un reçu à la main est assez fastidieux pour qu’on finisse par laisser tomber et accepter en silence une petite injustice chaque semaine.
Une petite injustice chaque semaine n’a rien de petit. Dix dollars par semaine, c’est plus de cinq cents dollars par année : de quoi nourrir une vraie rancœur.
La solution n’est pas de séparer le panier au magasin, mais de garder les articles du reçu : vous pourrez ainsi en retirer après coup, en quelques secondes, les trois qui sont à vous, et partager le reste comme d’habitude.
Et quand quelqu’un s’en va
Soldez les comptes le jour du déménagement, pas plus tard.
Un solde encore ouvert après le départ de quelqu’un, c’est l’argent le plus difficile à récupérer qui soit, et celui qui risque le plus de mettre fin à une amitié. Le jour où les clés sont remises, entendez-vous sur un montant final et réglez-le, même s’il est approximatif. Mieux vaut un montant approximatif réglé qu’un montant exact qui reste en suspens.
Si une facture doit arriver après son départ — un dernier relevé du compteur d’électricité, un dernier mois d’Internet —, estimez-la et réglez cette estimation. Courir après trente dollars auprès de quelqu’un qui vit dans une autre ville coûte plus que trente dollars.
Des réponses franches
Questions fréquentes
Faut-il ouvrir un compte conjoint pour les factures communes?
C’est une bonne formule pour un ménage aux factures régulières et prévisibles — loyer, services publics, Internet —, mais une mauvaise pour les achats courants, parce qu’une carte conjointe efface la trace de qui a acheté quoi. Bien des ménages combinent les deux : un compte conjoint pour les factures fixes, et un registre commun pour tout le reste.
À quelle fréquence devrions-nous régler les comptes?
Une fois par mois, à date fixe : c’est généralement le juste milieu. Chaque semaine, on se retrouve avec une suite de virements minuscules que personne ne vérifie. Chaque trimestre, le solde grossit au point de faire peur, et c’est alors qu’on commence à contester d’anciennes dépenses.
Et si une personne paie toujours sans jamais rien réclamer?
Notez-le quand même. Un service rendu qui n’est pas noté ne reste un service que tant que les deux personnes s’en souviennent de la même façon. Le noter n’oblige personne à se faire rembourser : la générosité devient simplement visible au lieu d’être tenue pour acquise.
Faut-il que tout le monde utilise la même application?
Non, et c’est souvent en l’exigeant qu’on tue l’habitude. Une seule personne qui tient bien le registre, là où les autres peuvent le consulter, cela fonctionne. Quatre personnes qui tiennent chacune un registre à moitié, non.
Et une facture dans une autre devise?
Entendez-vous sur le taux une seule fois, au moment de noter la dépense, et conservez ce taux avec l’entrée. C’est en reconvertissant plus tard à un autre taux qu’un solde pourtant réglé cesse, sans bruit, de concorder.
Le rôle d’ExpenseGauge
L’application tient le registre de qui doit quoi.
ExpenseGauge a été conçu autour du reçu plutôt que du virement. C’est ce qui permet de régler le cas délicat : l’application lit le reçu article par article, si bien que les trois articles qui n’étaient qu’à vous peuvent être retirés du partage au lieu de disparaître discrètement dans un arrondi.
Le reste en découle. Une facture est partagée avec les personnes concernées, chaque part est visible par tous, chaque remboursement est noté au lieu d’être confié à la mémoire, et une part ne peut jamais descendre sous ce que la personne a déjà versé. Quand quelqu’un a trop payé, l’application le dit en toutes lettres au lieu de laisser chacun faire le calcul.
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